Livre : La stratégie du dauphin

Les idées gagnantes du 21e siècle

Auteur : Dudley Lynch et Paul L. Kordis
Éditeur : Les Éditions de l’Homme, 2006

 

Entrée en matière

Ce livre pourrait bien s’avérer une bible pour tous ceux et celles qui considèrent que le changement devient de plus en plus la norme en ce début de siècle : « Le présent ouvrage
traite d’une nouvelle stratégie des plus puissantes : une stratégie née récemment dans un cerveau qui comprend que le monde a changé et que, par conséquent, nous devons changer aussi. Ce qui doit changer, c’est la qualité et l’ampleur de notre conscience de la complexité, ainsi que nos aptitudes à travailler dans cette complexité et à y être à l’aise » (p. 17). Les auteurs vont nous proposer, dans cet ouvrage dense, un peu touffu mais brillant et stimulant, de substituer aux stratégies de la carpe et du requin utilisées depuis des millénaires par les humains celle du dauphin, le performeur le plus intelligent des mers et qui inspire « par son endurance, son charme, son intuition et son intelligence » (p. 21).

Le volume comprend huit chapitres qui visent à convaincre les lecteurs, via une métaphore aquatique (il sera beaucoup question de vague, de flux, de bassin), de se créer un nouveau
type de mentalité, incontournable pour être gagnant dans les années 2000 et au-delà.

Le livre: Rechercher la solution élégante

« La stratégie du dauphin, c’est la recherche opiniâtre de ce qui marche » (p. 23), alors que
celles de la carpe et du requin sont dorénavant vouées à l’échec en cette ère de mutations radicales et continues.

Voyons comment LYNCH et KORDIS comparent, dans le premier chapitre, les comportements des carpes et des requins à ceux des dauphins. Les carpes se sentent impuissantes et sont
convaincues qu’elles ne peuvent gagner, que la vie est ainsi faite. Les auteurs ajoutent une sous-catégorie, les carpes pseudo-éclairées qui croient ceci :

“Toutes les créatures devraient s’aimer et prendre soin les unes des autres. Pour qu’il en soit ainsi, tout ce que je dois faire, c’est y croire » (p. 64). Les requins évoluent selon la loi de la jungle et sont persuadés que seule une compétition effrénée peut permettre d’atteindre des résultats; ce sont des prédateurs peu regardants sur les moyens utilisés. Par contre, le dauphin « souhaite une victoire pour chacun de nous – une victoire éclatante et élégante – quels que soient les probabilités, les difficultés ou le temps nécessaires » (p. 65); on verra plus loin les convictions et les qualités dont il dispose pour y parvenir. À la fin de chaque chapitre, LYNCH et KORDIS proposent les exercices du dauphin afin que chacun puisse mettre en oeuvre sa propre capacité de changement.

Tirer parti de la vague : Les secrets du dauphin

Le chapitre 2 vise à nous aider à naviguer sur les grandes vagues turbulentes du changement: « Les dauphins comprennent que le principe d’organisation le plus important du XXIe,
c’est celui de la vague. La vague du changement.
Et les managers et leaders qui n’apprendront pas à la chevaucher – à prendre plaisir à cet apprentissage – courront le risque de rester bloqués dans un Bassin toujours plus petit, surpeuplé de carpes et de requins agités, confus, découragés (et quelquefois méchants)» (p. 73).

Pour mieux faire comprendre la notion de vague ou de « flux », les auteurs se réfèrent au prix
Nobel Il y a PRIGOGINE qui est aussi à l’origine de la théorie du chaos : « Quand notre environnement – le monde dans lequel nous vivons et faisons des affaires – nous lance un excès d’énergie, de défi et de changement tel que cet apport ne peut plus trouver de passage en nous, alors nous atteignons un point que nous appelons le « choc de sortie ». C’est un point où nous devons faire tout ce que nous pouvons, avec courage et créativité, pour déclencher les « perturbations » qui entraîneront la remise en ordre dont nous avons besoin pour survivre » (p. 89). Dans les chapitres qui suivent, LYNCH et KORDIS vont traiter de la façon de « lire » la vague et de la chevaucher.

Condensé des chapitres 3, 4 et 5

« Pour jouer comme un dauphin, nous devons assumer la responsabilité de notre réaction à ce qui nous arrive » (p. 93). Contrairement aux carpes et aux requins qui focalisent sur
leurs limites, les dauphins mettent l’accent sur leurs possibilités et ont le courage de changer le jeu, action indispensable en période de mutations rapides: «Généralement, la réalité est ce que nous en faisons» (p. 107). Les auteurs invoquent la nécessité de bien identifier le but ultime et d’y tendre constamment : « Les dauphins insistent pour qu’il existe une synchronie entre ce qu’ils font, ce qu’ils pensent, ce qu’ils sentent, ce pourquoi ils sont là
et ce qu’ils sont. Ils recherchent la satisfaction et l’harmonie intérieures » (p. 113).

Dans le chapitre 5, LYNCH et KORDIS traitent de la création d’une vision en traversant la « fenêtre temporelle » du cerveau : « Il existe de plus en plus de preuves de ce que plus
le cerveau peut se voir en train de fonctionner loin dans le futur, plus il est apte à faire face à la complexité, à jongler avec des responsabilités multiples et à intégrer harmonieusement les tâches » (p. 145).

Du lâcher prise à l’orchestration de la perturbation

« L’ignorance du décalage, de ses exigences et de ses conséquences est sans doute le plus grand obstacle organisationnel qui menace toute entreprise » (p. 174). Les auteurs
nomment décalage le moment où il faut passer de quelque chose qui ne fonctionne pas à quelque chose de très différent en reconstituant toutes les ressources disponibles. Cela nécessite de lâcher prise afin d’accéder à un ordre plus élevé de complexité.

LYNCH et KORDIS illustrent par de nombreux graphiques la façon de chevaucher la vague du
changement en identifiant les bons moments pour se désengager, pour produire de la pression afin de
provoquer une nouvelle percée et pour affronter les perturbations qui en résultent.

Ce que fait le dauphin

En guise de conclusion, je vous livre quelques-uns des très nombreux comportements du dauphin que les auteurs énumèrent vers la fin du volume :

  • il ne perd jamais de vue l’avenir
  • il cherche la bonne réponse
  • il lâche prise d’emblée
  • il articule clairement sa vision des choses
  • il se corrige
  • il se dirige
  • il se perturbe
  • il connaît sa position sur la vague
  • il utilise le pouvoir de la nouveauté
  • il utilise le pouvoir de l’ordre
  • il assume ses responsabilités
  • il crée des options
  • il fait plus avec moins
  • il fait autre chose
  • il sait utiliser le cerveau dans sa totalité
  • il est ouvert à la surprise
  • il comprend que la conscience est beaucoup plus que la conscience du dauphin (p. 229, 230, 231).

Ce livre est tellement dense (il fourmille de tableaux, de graphiques, de citations et de méthodes telle La Mappe Cerveau (p. 214) qui est l’aboutissement de plus de 10 ans de
travail), que c’était mission impossible de lui rendre justice dans un si court résumé. Je vous incite donc à en prendre connaissance.

Bonne lecture !

Michel Leclerc